Nov/095 com
La vraie vie en banlieue parisienne
La banlieue est un bien triste endroit. Je le sais, j’y vis actuellement.

Bon, bien sûr on est encore loin de la province: on peut aller à la capitale le week end avec la carte navigo si on est étudiant. On regarde les gens bien habillés et on va danser en boîte jusqu’à 20h30 pour ne pas louper le dernier RER. Le reste de la semaine on a le plaisir de voir la faible lumière du phare de la tour Eiffel éclairer les barres HLM remplies de junkies et de prostituées gabonaises.
Malgré tout, la banlieue c’est l’enfer.
Pour vous, je vais me rendre sur le terrain, mon petit carnet de notes à la main, et vous présenter la banlieue parisienne.
Je pousse la porte et me retrouve dans le couloir sombre de mon immeuble insalubre. Il s’agit d’un bloc de béton construit il y a 30 ans et que seule la peinture et la haine font tenir debout. Quelques rats passent entre mes jambes. Fort heureusement j’ai pensé à revêtir mes rangers, car la moindre morçure de ces abomination me donnerait à coup sûr le sida ou pire.
J’enjambe le clochard endormi dans son vomi. C’est le vieux Marcel, il vit la depuis 28 ans maintenant. J’ai du mal à imaginer sortir de chez moi sans sentir son odeur putride. Certains disent qu’il est mort, mais je crois que je l’ai vu bougé lundi dernier… de toute façon ce n’est pas mon travail de le sortir de là.
Je me rend discrètement vers les escaliers. Je dois à tout pris éviter que mes voisins m’entendent, lors de ma dernière rencontre avec eux cela avait failli dégénérer. Au cas ou je sors mon couteau de chasse et ma bombe lacrymogène. J’espère ne pas avoir à les utiliser. Tout à coup un hurlement me fait sursauter. Fort heureusement ce ne sont que les locataires du dessus qui se battent, comme à leur habitude. Les enfants doivent être sur le pallier, à pleurer, comme d’habitude. Insupportable.
Je passe devant l’ascenseur. Plus personne ne l’utilise depuis le meurtre du gardien le mois dernier. Il faut admettre que l’odeur de mort est toujours très forte et que le sang colle sous les chaussures. Dans une semaine ou deux cela devrait s’améliorer, ce n’est pas la première fois, tout le monde a l’habitude maintenant. Et puis notre nouveau gardien est plus plus sympa à présent, je ne vais pas me plaindre.
Voilà les escaliers. J’entends les voix des groupes de jeunes qui sont installés dans la cage d’escalier 24 étages plus bas. Je sais qu’il va y avoir confrontation mais il faut que je sorte. Marche après marche je descend lentement. Je dois prendre toutes mes précautions pour ne pas tomber dans la pénombre car lumière a été coupée récemment. Elle attirait les drogués à la méthamphétamine.
Soudain j’entends ma chance: c’est la vieille du 4ème qui sort de chez elle! Je la reconnais au frappement lourd de sa canne sur le béton que je peux habituellement entendre depuis mon appartement. Je dévale les quelques étages qui me séparent d’elle. Quand elle est en vue nous sommes au deuxième étage. Je la vois frissonner au moment d’arriver dans le hall. Elle n’entend plus rien depuis que son petit fils lui a percé les tympans à coup de cutter, mais elle sait que les jeunes sont là à attendre.
Elle commence à accélérer le pas et tente de passer devant cette jeunesse désœuvrée. Hélas pour elle, ils l’attrapent par le bras et commencent à la frapper à coup de coude dans les yeux. Dès que j’entends les cris, je sais que c’est le moment. Je me précipite dans le hall en hurlant, mon couteau à la main. Très rapidement je me rend compte que tous les jeunes sont autours de la vieille. Ils n’ont que 13 ans mais ils ont hérité de la rage de leurs grands frères et je ne tiendrais pas longtemps contre eux. C’est vraiment ma veine que la vieille les occupe, ils n’ont qu’un rapide regard vers moi tandis que je cours de toutes mes forces vers la sortie.
Me voilà dans la rue. Une fois à bonne distance de mon immeuble je m’arrête quelques secondes pour regarder autour de moi. Un bus est en train de brûler à l’horizon, c’est beau. Je prendrais bien une photo mais ce n’est pas le moment. En effet à ma droite je vois déjà une dizaine de jeunes s’approcher doucement de moi. J’esquisse un signe de gang avec mes deux mains, j’espère que c’est le bon… Ils m’ont vu et me font signe de continuer. J’ai eu de la chance, si je m’étais trompé c’était la mort assurée.
Je dois me rendre au supermarché pour acheter de quoi tenir un mois. Bien sûr le supermarché est à plusieurs kilomètres et les transports en commun ne passent plus par ici depuis que tous les conducteurs du bus ont été violés lors de la fameuse “nuit de la matraque tendue” de 2008. Je vais devoir prendre ce qu’on appelle “le covoiturage de banlieue”.
D’ailleurs je n’ai pas à attendre, un gamin passe déjà sur son scooter, il doit avoir 11 ans. Il n’est pas accompagné et que très légèrement armé. J’arrache un morceau de béton du bâtiment le plus proche et lui lance au visage alors qu’il passe près de moi. Sans me vanter, je suis assez bon à ça. Il chute en plein milieu de la route et se fracasse le crane contre le bitume. Les jeunes du gang m’ont vu et applaudissent. Certains tirent en l’air avec leurs uzi pour marquer leur contentement.
Je saute sur le scooter et part aussi vite que possible car le petit se relève déjà. Il a les oreilles qui saignent abondamment mais s’il survit et me reconnait je risque de gros problèmes.
En route je passe devant toutes sortes de groupes a pleine activité: les drogués se piquent, les jeunes volent, les vieux meurent… Je n’ai pas le temps de m’arrêter pour faire plus d’observations car ralentir signifierais perdre mon scooter. Cependant je vois se profiler l’attraction de la région. Je n’ai pas eu de distractions depuis des mois, je ne peux résister à l’envie de jeter un œil.
C’est un combat de rue organisé par la mairie. Il me semble qu’une centaine de personne est déjà là!
Sur scène les deux équipes sont déjà en train de se battre: Les clochards contre les pit-bulls. Un des clodo est déjà au sol. Pris de convulsions il s’étouffe déjà avec sa langue pendant qu’un chien lui déchiquètte la jambe gauche. Ses amis essayent de l’aider mais hélas ils sont tous en sous nutritions et le chef d’équipe est complètement anémique. Le seul qui pourrait se battre est le gros Moktar, mais il ne va pas faire long feu. Au vu de ses yeux porcins jaunis, je peux déjà dire qu’il a abusé de la boisson. D’ailleurs ça ne manque pas, il se met à vomir sur sa veste déchirée tout en hurlant des insultes au chien qui lui a attrapé la main.
Ça c’est du grand divertissement! Je ne m’étais pas autant amusé depuis l’année dernière où j’avais pu me rendre à la capitale et rentrer dans un cinéma! Évidemment, toutes les bonnes choses ont une fin et je dois me remettre en route quand les chiens commencent à se ruer dans la foule.
Après une longue demi heure de route j’arrive enfin dans le quartier où il me sera possible de trouver de la nourriture.C’est le quartier huppé de la banlieue. C’est ici que les petits bourgeois viennent pour mourir.
A peine entré dans la ville je me fait faucher à pleine vitesse par un tir de barrage de flash balls. Des policiers étaient embûchés dans le faussé et se sont empressés de me mettre au sol pour m’interroger. A 80 kilomètre heure, la chute ne fait pas du bien, mais j’ai l’habitude. On n’est pas à un traumatisme crânien près dans mon quartier!
Pendant que je crache du sang les policiers vérifient mes papiers. Fort heureusement je suis blanc et mon casier est vierge, ils me laissent donc passer avec seulement un avertissement. Il faut tout de même savoir qu’un “avertissement” est un grand coup de matraque dans les genoux… j’ai donc un peu de mal à rejoindre le supermarché, surtout que mon scooter est désormais complètement inutilisable.
Sur le chemin je passe entre les maisons des habitants. Ils sont tous à la fenêtre à me regarder. La plupart d’entre eux ont la quarantaine, les yeux bouffis et violacés par leur ulcère à venir. J’en vois un qui me hurle de trouver du travail… enfin c’est ce que je devine car sa bouche est remplie de chips au beurre. D’ailleurs il n’a même pas le temps de terminer ses insultes car sa femme, une jeune russe, se présente derrière lui. Bien sûr il ne loupe pas l’occasion de la frapper avec violence en vomissant sa haine sur elle. Dégoûté, je vois les morceaux de beurre jaillissant de sa bouche difforme et s’écrasant sur le visage de la pauvrette.
Je doute que je puisse arriver au super marché dans cet état, mes genoux me font souffrir au plus haut point. Je m’assois par terre pour quelques secondes. Le problème du rapatriement de la nourriture me vient à l’esprit mais je l’éloigne d’un mouvement de la main et me met à pleurer.
Voyant celà la brigade citoyenne s’empresse d’appeler les forces de l’ordre. Bien sûr cela ne suffit pas à leur soif de sang: enfermés dans leurs pavillons à regarder TF1 à longueur de journée, ils ne rêvent que de casser de la racaille et c’est leur chance. Ils sortent un à un de chez eux. Leurs cheveux gominés par la crasse brillent au soleil. J’essaye bien de me relever, mais mon genoux me lâche et je m’écrase comme une masse à leur pieds.
Je pense que les 12 chinois à qui je sous-loue mon salon devront attendre un peu avant de recevoir leur ramens…

Crédit photo: Philippe Leroyer et Nicolas Perriault


11:46 pm on November 4th, 2009
Tu a
11:53 pm on November 4th, 2009
Fucking touchpad ! Va sucer des queues de singes !
Bon je continus…je disais donc :
Tu as réussis à faire un billet sur la banlieu parisienne sans placer “noir” et “nazi” dedans, bravo.
Mais je le trouve pas très réaliste, par exemple à propos de la grand mère.
Tout le monde sais que maintenant elles ont tous au mininum un desert eagle dans le sac à main. L’autre fois encore, lors d’un flash de bonté j’ai tenu la porte de l’immeuble à madame Pute, elle m’a foutu un kick et un coup de tazzer dans les couilles avant de me traiter de sale arabe/noir/arabe/juif/roux.
Amen
12:57 am on November 5th, 2009
Encore faudrait il pouvoir se payer ce genre de matériel! La pauvre arrive à peine à payer ses médicaments en vendant les organes de son défun mari…
11:59 pm on November 9th, 2009
Puis-je dire que c’est votre chef d’œuvre?
Non franchement, c’est de toute beauté!
11:43 pm on November 11th, 2009
Je n’ai aucun mérite, c’est du vécu