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Jul/09
3 com

150$ de l’heure

La vie n’est pas facile tous les jours quand on est un dinosaure détective privé établi juste sous le pont reliant Brooklyn à Manhattan.J’ai vu des choses que je n’aurais pas du voir, mais je suppose que c’est pour ça que je suis le meilleur. Ouais, je n’ai pas peur d’aller dans des endroits où même les privés les plus téméraires n’osent poser un pied.

Les taudis de Dekalb avenue, les recoins mal éclairés de Spring Creek Park et même le quartier de Gravesend qui porte bien son nom, je les connais. Je les ai parcourus de long en large à la recherche des informations qui aideront mes clients. Ceux qui peuvent aligner les coupures de 100 sur la table.

Ma réputation dépasse bien évidemment les frontières de New York et les gens viennent me chercher de loin pour régler leurs affaires, résoudre leurs problèmes. Bien sûr à première vue mon apparence en déroute plus d’un… Apparemment les gens ne sont pas familiers avec les créatures du Jurassique, mais je sais leur expliquer à qui ils ont affaire. Je ne suis pas dans cette chaise à contempler les lumières de Manhattan de l’autre côté de l’East River pour rien.

J’ai fait mes preuves, il sufit de regarder les gros titres des journaux que j’ai agrafés à la va vite pour impressionner les sceptiques.

J’étais d’ailleurs tout à ma contemplation quand cette femme est rentré dans la pièce, l’air hagard. Bien sûr elle était blonde, et si nous avions été de la même espèce je peux vous dire que rester professionnel aurait été difficile.

“Etes vous mister Hktehr ?”

Elle s’exprimait avec un léger accent de Washington et sa main tremblait légèrement alors qu’elle la remettait dans la poche de son manteau de fourrure.

“ Ca se prononce Hkhkdedcer et oui. Que voulez vous ? Et soyez brève, cette cigarette me fait de l’oeil et je ne peux apprécier ma fumée que seul.

- Excusez-moi mister Hkhkdedcer. J’ai un cas à vous présenter. En effet voyez- vous mon fils Billy a peur…”

Je décidai de la couper net. J’avais entendu cette histoire des dizaines de fois auparavant. La bonne mère de famille terrifiée pour sa progéniture qui ne sait se défendre. Les ils de bonne famille sont incapable de jeter une bonne droite quand vient le moment. Un classique.

“Laissez-moi deviner. Une école. Un costaud, un vrai dur. Il ne laisse jamais votre fils garder l’argent de son déjeuner. Je me trompe ?

- Mais comment …

- Si vous êtes venue jusqu’ici vous devez connaître ma réputation. Je prends 150 dollars de l’heure plus les frais. Je ne dis pas que je suis bon marché, mais je vous assure que cette affaire sera réglée en moins de deux jours.”

Encore abasourdie par mon analyse de la situation la femme sortit deux photos de son sac à main en cuir. L’une était celle de son fils, Billy Turner. Six ans environ, les yeux bleus, le teint pâle et les cheveux blonds. Je ne put m’empêcher de laisser paraître un rictus devant ce freluquet. La deuxième photo était celle de la brute en question : Zach O’Reilly, sept ans et demi. Il avait tous les traits du petit tyran de cours de récréation. Des comme lui j’en avais déjà rencontrés des dizaines, ils se sentent au dessus de tout et ce n’est que quand on les tabasse à coup de pelle dans une impasse qu’ils réalisent à quel point leur vie est pathétique. Rien de tel que les voir pleurer et implorer pour leur survie.

Elle me donna également une adresse : l’école Saint Joseph, Downtown Manhattan, juste en face des quais du south ferry direction Staten Island. Je connaissait déjà le quartier. Tous ces zombies marchant sur le bord de l’eau en direction de leurs jobs minables

Tout en faisant défiler dans ma tête les noms de mes contacts actuellement dans cette école je saisis l’avance qu’elle me tendait. En cash bien sûr. Je laissait échapper un peu de feu de mes naseaux: je ne me lasserait jamais des liasses tendues. Cela la fit sursauter. Bien.

Le lendemain j’étais en planque près de l’école, guettant l’arrivée de Zach. Je n’eus même pas le temps de finir mon café qu’il était déjà là, le cartable à la main, déboulant à toute vitesse sur son skateboard flambant neuf sûrement payé avec l’argent de ses victimes.

Je le regardais s’engouffrer dans l’école. Pas d’empressement, je comptais calmement jusqu’à dix puis je lui emboîtais le pas. Timing parfait je me trouvais à une bonne distance de lui et je pouvais le suivre sans encombre alors qu’il se déplaçait entre les couloirs à la recherche de sa salle de cours.

Cependant tout à coup une des élèves présente dans les couloirs poussa un cri strident et me pointa du doigt :

“Un dinosaure ! Un dinosaure dans l’école !”

Promptement je lui plaquai ma patte sur la bouche et la saisi par le col pour l’entraîner dans la première pièce vide qui s’offrit à mon regard. A ce moment là je n’étais pas sûr si Zach m’avait remarqué. Si c’était le cas cette petite garce allait payer le prix fort… Je la poussai contre le mur et la soulevai a hauteur de mes yeux.

“Tu ne pouvais pas la fermer ? Je suis sur une affaire de la plus haute importance !

- Mais monsieur t’es un dinosaure ? Qu’est-ce que tu fais dans mon école ?

- On ne t’a pas encore appris à la fermer dans ta précieuse école ! Ecoute, je ne serais pas là longtemps et tu as intérêt à oublier que tu m’a vu aujourd’hui, c’est compris ? Pas la peine de réponde, je sais que tu as compris car tu sais ce qui pourrait t’arriver si ce n’était pas le cas.”

Pour illustrer mon propos j’assenai un monumental coup de queue sur une des tables tout en la fixant droit dans les yeux. Elle avait l’air d’avoir saisi l’idée et alors que je la reposait sur le sol elle détala.

Fort heureusement, Zach n’avait pas suivi cette mésaventure et il buvait tranquillement un soda adossé à un mur. Manque de chance pour lui, j’étais de mauvaise humeur et ce n’est qu’en sortant mon cran d’arrêt que je retrouvai le sourire.

On reste dans les rangs quand on est dans la ville du meilleur dinosaure détective privé de toute la côte est.

On reste dans les rangs.

Commentaires (3) Trackbacks (0)
  1. Rick Wired
    2:10 pm on July 21st, 2009

    J’ai bien aimé, je lui donnerais la 3eme place !

  2. VilaineBonnefemme
    9:24 pm on July 21st, 2009

    Ma parole, c’est la première fois que je lis les mots “j’assenai un monumental coup de queue” dans ce contexte…

    (sinon, ça fait penser à une aventure de Bill Baroud)(ce qui est un compliment)

  3. Jackson
    9:47 pm on July 21st, 2009

    J’ai ete eleve a coup de Bill Baroud, il y a peut etre un lien. C’est dingue que tu y aie pensé d’ailleurs!

    (et forcement quelqu’un allait relever cette ligne…)

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